L'atelier du Peintre tableau de Gustave Courbet

Courbet entre au salon

Au Salon de 1845, Courbet présente cinq tableaux, dont un seul, le Guittarrero, est reçu. Trop heureux de ce nouveau succès, il ne se plaint pas du rejet des quatre autres toiles; il regrette seulement que le jury ait fixé son choix sur celle qui, à ses yeux, est la moins bonne.

De cette même époque datent des œuvres remarquables, parmi lesquelles il faut citer les Amants dans la campagne et l'Homme blessé. Ces deux toiles, comme toujours, représentent le peintre. Dans la première, on le voit à côté d'une jeune femme sur un fond de paysage ; l'artiste y répond par avance, et combien victorieusement, au reproche qu'on lui fit plus tard d'avoir un pinceau rude et vulgaire : tout est douceur, finesse, expression, tendresse dans ces deux figures illuminées par l'amour. L'Homme blessé n'est pas moins beau que le précédent; Courbet s'y est peint couché, pâle, les lèvres exsangues, comme s'il allait mourir; le sentiment de la souffrance y est traduit avec une poignante vérité. Cette toile appartient aujourd'hui au Louvre qui l'acheta 10 000 francs à la vente du peintre.

Mais, à cette époque, Courbet ne vend pas aussi cher sa peinture. Au surplus, il lui importe peu. De goûts modestes, il ne travaille pas pour gagner de l'argent mais pour conquérir la gloire. « Il faut, écrit-il, qu'avant cinq ans j'aie un nom dans Paris ». Il fait tout ce qu'il faut pour y réussir. Sa puissance de travail est formidable.

Mais la fatigue vient, malgré la vigueur de son tempérament. Et pour se reposer, il va faire une courte villégiature au pays natal, à Ornans.

Il s'y amuse avec ses camarades d'enfance, il y vit comme un vigneron, compose des chansons paysannes, et, quand il rentre à Paris, les poumons emplis d'air sain et l'esprit libre, il est prêt à recommencer la lutte.

Elle sera rude, aigrissant chaque jour un peu plus son caractère, mais affermissant son indomptable volonté de réussir. Sur les 8 tableaux qu'il présente au Salon de 1846, un seul est reçu : le Portrait de M. M…, qui est son propre portrait. Devant cet ostracisme, la fureur de Courbet éclate ; il appelle les membres du jury, « un tas de vieux imbéciles ». L'année suivante, c'est pis encore : tous ses tableaux sont refusés. L'hostilité contre sa manière de peindre s'affirme nettement ; pour l'évincer, on ne recule pas devant l'injustice. Et n'est-ce pas une injustice criante que d'avoir rejeté l'Homme à la pipe, ce vigoureux et magistral portrait où se révèle une technique de premier ordre ? D'ailleurs, Courbet partage cette disgrâce avec de glorieux artistes : Corot, Delacroix, Gigoux voient également se fermer devant eux les portes du Salon.

Tant de parti-pris amène une révolte. Tous les indépendants, les incompris de l'époque se coalisent pour organiser une Exposition rivale du Salon officiel. Mais la Révolution de 1848, survenue sur les entrefaites, empêche de donner suite à ce projet.