L'atelier du Peintre tableau de Gustave Courbet

Le séjour à Paris

Lorsque Gustave Courbet arrive à Paris, il a un peu plus de vingt ans. La capitale l'enchante sans le griser. Tout plein de son rêve, il ne s'attarde pas aux flâneries ni aux plaisirs. Il est venu pour travailler, pour triompher et, dès le débotté, il organise sa vie. Vie bien modeste, souvent précaire, mais qu'il est résolu à supporter bravement.

Tout d'abord, il loge à l'hôtel dans une chambre qu'il paye 20 francs par mois, et où il accède par un escalier de 104 marches. Deux ans après, il découvre 89, rue de la Harpe, un atelier qu'il dépeint magnifique dans une lettre à ses parents. La location est de 22 francs par mois ; le mobilier se compose d'un lit, d'une commode, d'une table et de quelques chaises. Quant à son ordinaire, il est aussi modeste que le mobilier : Courbet, le matin, mange du pain dans sa chambre et il ne fait qu'un repas à cinq heures, après avoir travaillé tout le jour. Encore s'excuse-t-il de dépenser, pour ce repas, trois sous de plus qu'à la pension où il mangeait à son arrivée à Paris.

La subvention paternelle est maigre, encore est-elle toujours accompagnée d'admonestations maladroites. Croyant le stimuler, le père Courbet reproche sans cesse à son fils de ne pas travailler assez, mais celui-ci regimbe et dès cette époque s'affirme le désaccord constant qui les séparera. Néanmoins, il ne se décourage pas, loin de là. Il travaille depuis le petit jour jusqu'à la nuit, « comme une bête », au risque de nuire à sa santé. Les heures qu'il ne passe pas à son atelier, il les emploie à de longues et fructueuses visites au Louvre.

Il va d'instinct vers les maîtres dont le génie et la manière s'accordent le mieux avec son tempérament. L'école italienne le retient peu : il affecte même de la mépriser. Il est déjà l'incorrigible rapin qu'il resta toujours, désireux d' « épater » le bourgeois et le critique. Devant les grands Italiens, il a des boutades épiques; il traite Titien et Léonard de Vinci de « filous »; quant à Raphaël, il a fait quelques portraits intéressants, mais où il n'y a « aucune pensée ». Veronèse seul trouve grâce devant lui : il le tient pour un « homme fort et d'aplomb ». Il aime aussi les Carrache, le Caravage, le Guide, le Dominiquin, mais toute son admiration va aux grands réalistes, Ribera, Zurbaran, Velazquez, Holbein et surtout à Rembrandt qui « charme les intelligences mais étourdit et massacre les imbéciles ».

De ces peintres il fait de nombreuses copies. Entre temps, il exécute des portraits de « bourgeois » qui lui sont assez mal payés. Un portrait de Courbet, à cette époque, vaut de 100 à 150 francs. Le jeune peintre s'en contente, trop heureux de ces aubaines qui apportent un peu de répit à sa misère.