L'atelier du Peintre tableau de Gustave Courbet

La Commune et le déclin

Vers cette époque de sa vie, Gustave Courbet fréquentait le Café de Madrid, dont les habitués étaient tous les républicains d'alors : Gambetta, Spuller, Floquet, Isambert. C'est sur ces entrefaites que l'Empire libéral, désireux de gagner ses adversaires, donne la croix de la Légion d'honneur à Courbet, malgré ses sentiments connus de démocrate irréductible. Mais le lendemain même de l'insertion du décret à l'Officiel, les journaux publient la lettre célèbre par laquelle le peintre refuse la décoration, sous le prétexte que « l'État est incompétent en matière d'art ». Mais personne ne se trompa sur les raisons véritables de ce refus.

Pendant ces démêlés, les événements marchaient et, le 15 juillet de cette même année, éclatait la guerre avec l'Allemagne.

Courbet, qui a songé un moment à partir pour la Normandie, reste à Paris où le retiennent ses intérêts et où il suit d'une âme passionnée la marche des événements. Ceux-ci se précipitent. Les défaites s'accumulent, l'envahisseur avance, l'Empire est renversé, la République proclamée.

Avec sa nature ardente, Courbet participe à tous les mouvements populaires. Le nouveau gouvernement est à peine installé que Courbet, président d'une commission d'artistes nommée pour protéger les œuvres d'art de la capitale, propose le déboulonnement de la colonne Vendôme et le transport de ses matériaux à la Monnaie, cette colonne « étant dénuée de valeur artistique et tendant à perpétuer les idées de guerre et de conquête. » Cette motion, appuyée par la majorité des journaux, fut transmise au Gouvernement de la Défense qui la prit en considération, partiellement tout au moins, en ordonnant de fondre la statue de Napoléon pour dresser sur la place de la Concorde, un monument à la gloire de Strasbourg, la vaillante cité martyre.

Néanmoins, Courbet s'occupa activement à blinder les fenêtres du Louvre, à protéger les trésors artistiques des musées parisiens. Son patriotisme était incontestable, il fut démontré plus tard à son procès. Il fit tout son devoir.

Mais Paris capitula et l'assemblée de Bordeaux nomma Thiers président de la République, avec mission de négocier la paix. Les conditions de cette paix et la crainte d'une restauration monarchique firent éclater la Commune de Paris. Les fédérés s'emparèrent de l'Hôtel de Ville et la Révolution devint maîtresse de la capitale.

Courbet reprend alors son ancien projet d'abattre la colonne Vendôme. Cette fois, son appel est entendu. La Commune décrète la démolition, et la colonne s'abat sur un lit de fumier.

Le 16 avril, Courbet est élu membre de la Commune, qui le nomme délégué aux Beaux-Arts. Il prend part à toutes les délibérations où il essaie vainement de jouer un rôle de modérateur. Il n'entre pas dans le cadre de cette étude d'apprécier les actes politiques du grand peintre et nous glisserons rapidement sur cette période trouble de sa vie.

La Commune est vaincue le 28 mai : on arrête Courbet le 7 juin, 12, rue Saint-Gilles où il s'est réfugié et il est enfermé à Mazas. Dès son arrestation, il proteste qu'il ne s'est associé à aucun excès et qu'il les a toujours réprouvés. Le 21 juillet, il est conduit à Versailles. A l'annonce de son arrestation, sa mère meurt de chagrin ; quand il comparait devant le conseil de guerre, on voit un Courbet voûté, vieilli, abattu. A toutes les accusations il répond qu'il est entré à la Commune en pacificateur, plutôt en artiste qu'en homme politique. Le 2 septembre, il est condamné à six mois de prison, 500 francs d'amende et aux dépens du procès.